Le Cameroun a identifié 5 971 fonctionnaires qu'il considère comme non-résidents et leur a donné jusqu'au 31 octobre 2026 pour prouver que leur absence de leur poste est autorisée. Ensemble, ils coûtent à l'État environ 22 milliards de FCFA de salaires par an. Ceux qui ne pourront pas justifier leur séjour à l'étranger seront considérés comme ayant abandonné leur poste et leur solde sera suspendue.
L'essentiel
- Fonctionnaires identifiés : 5 971, grâce à la collecte et au traitement des données sur les personnes franchissant les frontières.
- Masse salariale annuelle concernée : 22 milliards de FCFA.
- Délai accordé : deux mois pour clarifier leur situation.
- Échéance : 31 octobre 2026. Passé ce délai, ceux qui n'ont pas de justification administrative sont considérés comme ayant abandonné leur poste et leurs salaires sont suspendus.
- Où se présenter : la Paierie générale de Yaoundé I, où les salaires de septembre et d'octobre ont été virés.
Comment la liste a été établie
L'audit n'est pas parti d'une liste de suspects. Il est parti des mouvements. L'administration a collecté et traité des informations sur les personnes franchissant les frontières du pays, puis les a croisées avec la masse salariale. Résultat : 5 971 fonctionnaires dont la présence au Cameroun n'a pu être établie.
Le gouvernement présente l'exercice comme une composante de sa volonté de restructurer les finances publiques, et l'objectif affiché est explicite : bien gérer la masse salariale de l'État, supprimer les salaires indus, lutter contre la fraude, sécuriser la dépense publique et combattre les prétendus agents fantômes.
Ce que les fonctionnaires doivent faire
L'absence n'est pas interdite. Ce que l'État veut, c'est savoir pourquoi quelqu'un est absent et pouvoir confirmer que la rémunération correspond à un travail effectif, même accompli à l'étranger. Pour les fonctionnaires vivant hors du pays, une autorisation en bonne et due forme est nécessaire pour justifier toute période d'éloignement du poste, que ce soit pour des raisons professionnelles ou personnelles.
Les personnes concernées doivent se présenter aux services de la Paierie générale à Yaoundé I, où leurs salaires de septembre et d'octobre ont été virés. Elles doivent apporter une photocopie de leur passeport, un document attestant leur présence effective au travail et le motif du voyage à l'étranger.
Pourquoi 22 milliards de FCFA comptent
Vingt-deux milliards de FCFA ne représentent pas une grande part d'un budget national, mais c'est le genre de fuite facile à expliquer et dont la fermeture est aisée à défendre. Elle s'ajoute à des questions structurelles plus vastes sur la gestion de l'argent public au Cameroun, que nous avons examinées dans notre article sur les fuites de l'argent public au Cameroun et dans notre analyse du piège de la dette au Cameroun.
L'audit s'inscrit aussi dans la réforme plus large de la gestion de trésorerie abordée dans la réforme du compte unique du Trésor : toutes deux visent la traçabilité, c'est-à-dire savoir qui est payé, combien, et où se trouve l'argent.
Ce n'est pas le premier coup de balai
Il s'agit de la dernière étape d'un effort de longue haleine. Le comptage physique du personnel de l'État, connu sous le nom de COPPE et réalisé en 2018, a conduit le gouvernement à retirer de la solde plus de 10 000 agents fictifs et à économiser environ 30 milliards de FCFA par an, a rapporté Business in Cameroon. Depuis 2024, le ministère de la Fonction publique déploie aussi AIGLES, un système de gestion du personnel et de la solde fondé sur les empreintes digitales et destiné à remplacer la plateforme SIGIPES, créée il y a une trentaine d'années, selon Biometric Update.
Ces chiffres donnent la mesure de l'audit actuel. Les 22 milliards de FCFA en jeu approchent les trois quarts de l'économie annuelle attribuée au COPPE, à partir d'une liste qui n'atteint pas 60 % de la longueur de la précédente. Selon notre calcul, cela représente environ 3,7 millions de FCFA par personne et par an, soit à peu près 307 000 FCFA par mois. Cette moyenne ne dit rien d'un cas individuel, et figurer sur la liste ne prouve aucune faute : certaines absences se révéleront autorisées.
Ce qu'il faut surveiller ensuite
Après le 31 octobre, le chiffre à suivre sera celui des 5 971 personnes dont les pièces seront acceptées par les autorités. Selon les responsables, les documents serviront de preuve et conduiront à une issue positive ou négative. Une large part de dossiers validés signalerait un problème de rapprochement des données. Une large part de suspensions confirmerait l'ampleur du problème.
Dans le même dossier
- Le Cameroun prévient les gros revenus : déclarez votre impôt ou vous serez cité
- Le Cameroun veut traquer les avoirs financiers cachés, avec l'appui de la Banque mondiale
- Compte unique du Trésor au Cameroun : à la recherche de l'argent public placé en banque
- La cheffe de mission du FMI sur la subvention aux carburants au Cameroun : coûteuse et mal ciblée
- Communes du Cameroun : 157 milliards de FCFA pour investir, 78 milliards perdus faute de respecter les délais
- Recensement au Cameroun : derniers jours dans la Vallée du Ntem, entre commerce frontalier, mobilité et ménages réticents
- Cacao et café du Cameroun : la course à la preuve du « zéro déforestation » pour l'UE
- Le Cameroun à Genève : les petites entreprises font 99 % de l'économie, mais des comptes fragiles freinent leur financement
- L'économie du Cameroun en septembre 2026 : campagne fiscale, audit de la solde et réforme du Trésor
Sources et pour aller plus loin: Ministère des Finances (MINFI), Business in Cameroon sur le COPPE, Biometric Update sur AIGLES. Reportage de terrain : Clarice Arrey Tarkang, Elvis Kana et Hugues Djon. Le contexte provient de Business in Cameroon et de Biometric Update ; les calculs par personne sont les nôtres. Mise à jour le 7 novembre 2026.
English · Français · Deutsch · Türkçe · Русский · 中文 · العربية
Comments
Post a Comment