Communes du Cameroun : 157 milliards de FCFA pour investir, 78 milliards perdus faute de respecter les délais

DMDamian Maabo· October 14, 2026
Graphique des fonds transférés aux entités décentralisées du Cameroun, 2020-2025
Graphique des fonds transférés aux entités décentralisées du Cameroun, 2020-2025. Capture vidéo : Clarice Arrey Tarkang.

Entre 2020 et 2025, les collectivités territoriales décentralisées du Cameroun ont reçu 727,8 milliards de FCFA de transferts de l'État, et leur budget d'investissement est passé de 97,6 milliards à 157,8 milliards de FCFA. Soit 60 milliards de FCFA de plus qu'en 2020, pour construire des écoles, des routes, des points d'eau et d'autres équipements. Mais les chiffres officiels relèvent aussi une perte : 78,4 milliards de FCFA de crédits sont devenus caducs parce que des communes n'ont pas respecté les délais d'exécution, laissant des infrastructures non construites et des équipements non livrés.

L'essentiel

  • Total transféré aux entités décentralisées, de 2020 à 2025 : 727,8 milliards de FCFA (ministère de l'Économie).
  • Fonds d'investissement : de 97,6 milliards de FCFA à 157,8 milliards de FCFA, soit une hausse d'environ 60 milliards de FCFA.
  • Communes concernées : 374.
  • Perdus par caducité : 78,4 milliards de FCFA, faute de respect des délais d'exécution.
  • Compétences transférées : éducation et alphabétisation ; santé publique et action sociale ; culture, jeunesse, sports et loisirs.

Plus d'argent, plus près des citoyens

La décentralisation est censée rapprocher les décisions et l'argent des citoyens. Les chiffres du ministère de l'Économie montrent que le volet financier de cette promesse progresse : les communes ont reçu plus de 157 milliards de FCFA pour investir lors de la dernière année couverte, soit environ 60 milliards de plus qu'en 2020.

Transferts aux entités décentralisées, de 2020 à 2025. Source : ministère de l'Économie.
Transferts aux entités décentralisées, de 2020 à 2025. Source : ministère de l'Économie. Capture vidéo : Clarice Arrey Tarkang.

L'État a aussi transféré des compétences aux communes, dans l'éducation et l'alphabétisation, dans la santé publique et l'action sociale, ainsi que dans la culture, la jeunesse, les sports et les loisirs. En théorie, ces collectivités locales peuvent ainsi fournir des services à la population sans dépendre de l'administration centrale.

Le problème des 78,4 milliards de FCFA

L'avertissement porte sur l'exécution. Certaines communes, disent les autorités, se rendent coupables de caducité de crédits, au détriment du développement local. En 2025, 78,4 milliards de FCFA ont été perdus faute de respect des délais d'exécution, ce qui s'est traduit par des infrastructures non construites et des équipements non livrés.

Travaux routiers en cours dans une ville camerounaise. Une meilleure programmation et une meilleure exécution sont nécessaires pour éviter de perdre des budgets.
Travaux routiers en cours dans une ville camerounaise. Une meilleure programmation et une meilleure exécution sont nécessaires pour éviter de perdre des budgets. Capture vidéo : Clarice Arrey Tarkang.

La recette du gouvernement est une approche axée sur les résultats, bâtie sur quatre vérifications : meilleure programmation et préparation, passation des marchés dans les délais, exécution rigoureuse et suivi systématique. Les résultats attendus sont moins de crédits perdus par caducité, des travaux de meilleure qualité et le respect des délais d'exécution.

Un test pour toute la chaîne de l'argent public

Les bénéfices attendus de l'approche axée sur les résultats : moins de crédits perdus, de meilleurs travaux et le respect des délais.
Les bénéfices attendus de l'approche axée sur les résultats : moins de crédits perdus, de meilleurs travaux et le respect des délais. Capture vidéo : Clarice Arrey Tarkang.

Une commune incapable de passer ses marchés à temps perd son budget, et un État incapable de suivre ces budgets perd la visibilité sur son propre argent. C'est pourquoi ce sujet rejoint la réforme du Trésor (la réforme du compte unique du Trésor) et l'audit de la solde (l'audit de la solde de l'État) : tous trois posent la même question, celle de savoir si l'argent public arrive à destination dans les temps.

Il fait aussi écho à un thème abordé dans notre article sur les fuites de l'argent public au Cameroun : l'enjeu n'est pas seulement le montant que l'État collecte, mais la qualité de ses dépenses.

Ce que promet la loi, et ce que signifie la perte

Les transferts reposent sur un engagement légal. Le Code général des collectivités territoriales décentralisées, loi n° 2019/024 promulguée le 24 décembre 2019, a inscrit dans la loi ce mécanisme de financement, désigné en anglais comme le Common Decentralisation Fund et connu sous le nom de dotation générale de la décentralisation. Selon son article 25, la loi de finances fixe chaque année la fraction des recettes de l'État qui lui est affectée, et cette fraction ne peut être inférieure à 15 %, a rapporté Cameroon Tribune. Pour 2022, un décret l'a fixée à 240,2 milliards de FCFA : 128,1 milliards pour le fonctionnement et 112,1 milliards pour l'investissement.

Ces chiffres permettent de mieux juger la perte de 2025. Les 78,4 milliards de FCFA devenus caducs équivalent à environ la moitié du budget d'investissement de 157,8 milliards de FCFA. Répartis entre 374 communes, ils représentent en moyenne environ 210 millions de FCFA chacune, même si la perte ne sera pas également partagée. Selon notre lecture, la contrainte se déplace du montant qui arrive vers la vitesse à laquelle les collectivités peuvent le transformer en marchés et en travaux.

Ce qu'il faudra suivre

Les responsables citent quelques communes aux résultats tangibles en 2025, mais le chiffre à suivre sera le total des crédits devenus caducs en 2026. S'il baisse, les réformes de la programmation et de la passation des marchés fonctionnent. Sinon, l'argent supplémentaire continuera de se heurter au même goulot d'étranglement.

Sources et pour aller plus loin: Ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire (MINEPAT), Ministère des Finances (MINFI), Cameroon Tribune sur le régime financier, Décret sur la dotation générale de la décentralisation 2022. Reportage de terrain : Clarice Arrey Tarkang, L. Nguimbous et Hugues Djon. Les chiffres proviennent du ministère de l'Économie ; le cadre juridique provient du décret de 2022 et de Cameroon Tribune. Les moyennes par commune sont notre calcul. Mise à jour le 7 novembre 2026.

English · Français · Deutsch · Türkçe · Русский · 中文 · العربية

← Newer story Older story →

Comments

Have a story Cameroon needs to see?

Documentary production, profiles and post-production for institutions, NGOs and brands.