Compte unique du Trésor au Cameroun : à la recherche de l'argent public placé en banque

DMDamian Maabo· October 11, 2026
Le ministre des Finances Louis Paul Motaze préside une réunion sur la réforme du compte unique du Trésor
Le ministre des Finances Louis Paul Motaze préside une réunion sur la réforme du compte unique du Trésor. Capture vidéo : Clarice Arrey Tarkang.

D'ici décembre 2026, le Cameroun doit entrer dans la phase de mise en œuvre de la réforme du compte unique du Trésor, qui ramènerait l'argent public de comptes bancaires dispersés vers un compte unique. La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a lancé la réforme pour l'ensemble de la communauté. Au Cameroun, l'enjeu tient en un chiffre : les fonds détenus dans les établissements de crédit pour des projets et programmes publics sont passés de 450 milliards de FCFA en 2022 à plus de 1 300 milliards de FCFA en juin 2026, selon les données de la BEAC.

L'essentiel

  • Réforme : compte unique du Trésor (CUT), initié par la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) à l'échelle communautaire.
  • Calendrier : phase de mise en œuvre d'ici décembre 2026.
  • Fonds de projets et programmes publics dans les établissements de crédit : 450 milliards de FCFA en 2022 ; plus de 1 300 milliards de FCFA en juin 2026 (source : BEAC).
  • Objectifs affichés : redevabilité, transparence et amélioration de la performance dans la gestion des fonds publics.
  • Domaines d'impact signalés : le secteur bancaire, la politique monétaire et l'État.

À quoi sert un compte unique

Les organismes publics, projets et programmes du Cameroun détiennent des fonds sur des comptes répartis dans tout le système bancaire. L'État peut perdre de vue quelle entité dispose de liquidités et où. Le compte unique du Trésor vise à centraliser ces ressources afin que le ministère des Finances puisse tout voir, au même endroit, à tout moment.

La réforme intervient à un moment budgétaire difficile : les pressions financières intérieures et mondiales s'accentuent, et la maîtrise du niveau de la dette est en jeu. De l'argent qui dort dans les banques commerciales pendant que l'État emprunte ailleurs est un coût que le Trésor ne peut ignorer.

Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, s'exprimant devant la presse au sujet de la réforme.
Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, s'exprimant devant la presse au sujet de la réforme. Capture vidéo : Clarice Arrey Tarkang.

Le chiffre qui explique l'urgence

La statistique centrale est un état des lieux de l'argent public détenu dans les établissements de crédit. Il s'élevait à 450 milliards de FCFA en 2022 et dépassait 1 300 milliards de FCFA en juin 2026, soit une hausse de bien plus de 800 milliards de FCFA en quatre ans. La source est la banque centrale elle-même.

Fonds détenus dans les établissements de crédit pour des projets et programmes publics : 450 milliards de FCFA en 2022, plus de 1 300 milliards en juin 2026. Source : BEAC.
Fonds détenus dans les établissements de crédit pour des projets et programmes publics : 450 milliards de FCFA en 2022, plus de 1 300 milliards en juin 2026. Source : BEAC. Capture vidéo : Clarice Arrey Tarkang.

Qui est concerné

Trois groupes sont directement concernés : le secteur bancaire, la politique monétaire et l'État. Pour les banques, les dépôts de fonds publics constituent une source de liquidités, de sorte que leur transfert pourrait modifier la capacité de crédit. Pour la politique monétaire, une trésorerie publique centralisée est plus facile à mesurer et à piloter. Pour l'État, la promesse est celle de la transparence et de la performance.

Les trois bénéfices attendus de la réforme : redevabilité, transparence et amélioration de la performance.
Les trois bénéfices attendus de la réforme : redevabilité, transparence et amélioration de la performance. Capture vidéo : Clarice Arrey Tarkang.

Cela rejoint directement l'audit de la masse salariale décrit dans l'audit de la solde de l'État et le financement des communes évoqué dans l'article sur le financement des communes : tous dépendent de la connaissance de l'endroit où se trouve l'argent public et de son utilisation dans les délais. Le volet dette de l'histoire est dans notre analyse du piège de la dette au Cameroun.

Ce que dit déjà la loi

Le principe n'est pas nouveau en droit camerounais. Comme l'a rapporté EcoMatin, l'article 79 de la loi n° 2018/012 du 11 juillet 2018 portant régime financier de l'État dispose que les ressources publiques doivent être gérées par des comptables publics et conservées dans un compte unique ouvert au nom du Trésor à la BEAC, et qu'aucune administration publique ne peut ouvrir de compte dans une banque commerciale sans autorisation expresse.

L'application est une autre affaire. En février 2026, EcoMatin a rapporté des chiffres du Comité national économique et financier montrant que des entités publiques détenaient plus de 700 milliards de FCFA dans des banques commerciales au 30 septembre 2025, alors que le Trésor subissait de fortes tensions de trésorerie et continuait de lever des fonds sur le marché. Ce chiffre et les 1 300 milliards de FCFA de la BEAC datent de moments différents et peuvent ne pas couvrir les mêmes entités : il ne faut donc pas les lire comme une seule tendance. Tous deux vont pourtant dans le même sens.

Le FMI a sa propre raison de suivre le dossier. En mars 2026, ses administrateurs ont appelé à la vigilance sur le lien entre le souverain et les banques, c'est-à-dire la dépendance mutuelle entre les banques et l'État. Sortir les dépôts publics des banques commerciales toucherait directement ce lien.

Ce qu'il faut surveiller ensuite

L'étape de décembre 2026 est le principal point de contrôle. Il faudra surveiller le calendrier de transfert pour chaque entité publique, la réaction des banques face à la perte des dépôts publics, et la publication ou non par le ministère de la position consolidée de trésorerie une fois le compte opérationnel.

Sources et pour aller plus loin: Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), Ministère des Finances (MINFI), EcoMatin, 24 février 2026, FMI : consultation de 2026 au titre de l'article IV avec le Cameroun. Reportage de terrain : Clarice Arrey Tarkang et Hugues Djon. Les chiffres proviennent de la BEAC ; le contexte juridique et budgétaire provient d'EcoMatin et du FMI. Mise à jour le 7 novembre 2026.

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